Nuit américaine

Alexandre, journaliste en crise, anime une émission nocturne. Nuit américaine est une sorte de ligne du coeur dans laquelle se croisent les voix d’êtres drôles, désespérés, absurdes ou pleins d’espoir. La dérive de l’animateur dans une ville étrangère alterne avec ces confessions. Dans son voyage, Alexandre retrouvera les visages et les voix qui le hantent.

« Il faut créer tout le temps sa vie… pour se trouver, il faut s’inventer, comme une tâche à reprendre continuellement. Au fond, votre émission ce n’est que ça : des vies qui se racontent. On s’en fout si c’est vrai ou si tout le monde ment, parce que la réalité est plate et morne. Mais si nous nous racontons bien, ça nous sauve. »

 


 

Un romanzo, una raccolta di poesie e un progetto « un po’ fuori di testa ». Perché « non basta vivere, occorre raccontarsi, al limite sapersi inventare, magari mentendo a se stessi e agli altri.

Elda Pianezzi, Fiducia in un mondo segreto,
« La Regione« , 29 ottobre 2018.

 

(…) Un après-midi, il écoute Nuit américaine: «Le fait d’avoir écouté sa propre émission, avec la voix de son rival au micro – ce même Raphaël qui lui semblait de plus en plus inoffensif vu de loin –, l’avait mis face à face avec une réalité terrible, peut-être même un peu sordide…» Il se découvre plus secoué qu’il ne le pensait par ce qu’il recueille des autres depuis des années, sans plus s’occuper vraiment de lui. Alexandre perd pied: «Etait-il dans un rêve ou dans la nuit américaine?» Solitaire, perdu dans une autre réalité, il va peu à peu se rapprocher de lui-même. Des personnages emblématiques, Pamela, Michel, Bruno, Ornella, gravitent autour de lui, en chair et en os, au téléphone, par écrit ou en rêve. Peu à peu, certains s’éloignent, d’autres reviennent et une épiphanie discrète se produit. Pierre Lepori orchestre avec sensibilité cette dérive atmosphérique et contemporaine.

Eléonore Sulser, « Le Temps », 20 octobre 2018.

Ruth Gantert, Brief aus der Romandie, Literarische Monat, 34, Oktober-November 2018.

(…) Pierre Lepori tisse une atmosphère flottante où les lieux défilent comme derrière une vitre, où son protagoniste semble glisser sans se heurter au monde ni aux autres, son embonpoint faisant écran. Imagée, vive et poétique, l’écriture fait mouche et nous entraîne dans son rythme sûr. L’auteur excelle aussi à donner la parole à une grande diversité de voix: touchants, loin du cliché, les monologues des auditeurs de cette Ligne du coeur esquissent un tableau sensible du mal-être contemporain (…). On attendait peut-être un enjeu plus fort, un dénoument plus significatif. Mais le doux épilogue reflète au final parfaitement l’esprit de cette lente dérive existentielle d’un homme qui se protège du monde.

Anne Pitteloud, Le Courrier, 19 août 2018.

Nuit américaine, une bulle au cœur de la nuit, une bulle aussi ronde que semble l’être Alexandre, tout en rondeurs, sans aspérités apparentes, mais vide en creux et sensible à la moindre tête d’épingle. Nuit américaine est donc le récit d’un éclatement, d’un homme qui a tout connu, tout eu, tout perdu, animateur radio relégué dans un créneau impossible, comme d’autres le sont au placard, perdant sa voix pour devenir oreille, à peine compatissante, de tous les insomniaques qui appellent pour diffuser sur les ondes leurs petits riens, leurs petites vies, car de ces solitudes, finalement, qu’en dire ? Voix étouffées, nocturnes, qu’Alexandre absorbe, absorbe, se gavant pour résister aux chocs, lui qui n’est plus qu’un transit, un corps mou qui à grand peine s’est relevé, qui a continué de se lever, après le scandale, mais pour qui, mais pour quoi, recréer ce semblant d’équilibre. Il suffira d’un rien pour que tout s’effondre à nouveau et qu’Alexandre prenne la seule décision qui s’impose (qu’on lui impose) : partir, visiter sa propre Nuit américaine, à rebours des heures qui s’enchainent, vers un vide un peu trop grand, un impossible réseau souterrain qu’il parcourt dans tous les sens, agité et rongé de l’intérieur. La suite n’importe pas vraiment, il y aura une rencontre et des souffles nouveaux, des souvenirs. Le présent émerge, le passé revit, le futur attendra.
Amandine Glévarec, Kroniques.com, 21 octobre 2018.

« (…) Dans une ville inconnue, où les voix de la nuit le poursuivent encore, il espère renaître. Poser la vieille peau. Retrouver ou réinventer un sens à sa vie. Là encore, le style de Lepori, à la fois subtil et précis, d’une grande poésie, restitue bien cette dérive qui pourrait être fatale. Car un jour, par hasard, Alexandre croise Pamela — une rencontre improbable et pourtant essentielle qui va lui redonner le goût de vivre. Je n’en dirai pas plus, tant le roman de Lepori tient le lecteur en haleine et lui réserve d’autres surprises… Roman polyphonique, alternant confessions et récit, le tout scandé par des morceaux de musique (il vaut la peine d’écouter la bande-son du livre), Nuit américaine est un livre sur la dépossession : Alexandre, hanté par les voix de la nuit, est écarté de son émission, avant de perdre celle qui va l’aider à se reconstruire. Double dépossession, donc, que Pierre Lepori restitue et creuse parfaitement dans son roman à la mélancolie allègre. »

Jean-Michel Olivier, Blog Ecrivain de la comédie romande, 19 septembre 2018 (La Tribune de Genève, 21 septembre 2018)

 

«(…) Alex en Amérique s’enfonce dans sa nuit à lui, à lui seul, dans une ville trop grande. Sa rencontre avec Paméla, femme corpulente, étrange créature à la chevelure rousse bouclée, ne peut qu’être un intermède, alors que le hantent les figures de sa mère, de son ex-femme, de son frère et de son ami d’enfance. Dans le film de Truffaut, le personnage du réalisateur dit en substance: Les films sont mieux que la vie […], nos vies sont compliquées, et caetera mais les films, eux, filent tout droit, comme des trains dans la nuit. Peut-être que la vie d’Alex est moins compliquée qu’elle ne paraît, et ce roman plus droit…»

Le Blog de Francis Richard, 14 septembre 2018

 

La Couleur des jours, numéro 28, septembre 2018.

 

De nombreux personnages de vos romans (je pense à Mork, le garçon autiste de Come Cani, mais aussi au pyromane Samuel de Grisù) pourraient être étiquetés comme « différents ». Votre nouveau roman constitue peut-être un pas de plus vers cette multiplicité des identités en mineur : Alessandro, dont on raconte la dérive solitaire dans une ville américaine, anime une émission radiophonique intitulée Nuit américaine (comme le film de Truffaut) et les voix, les monologues des auditeurs qui l’appellent en direct alternent avec son histoire à lui; un effet presque théâtral (sans oublier que vous travaillez vous-même pour la radio depuis plus de vingt ans). Est-ce que le roman est aussi un moyen pour multiplier les voix et les identités ?
Les voix nocturnes, oui. Une parole libre, peut-être un peu cabossée, la vie qui pullule. Et surtout : une vie qui ne semble exister que quand on peut la raconter, lui donner une identité narrative, fluide car sul fiato (sur le souffle), nocturne, hésitante. C’est aussi une façon de dire que la littérature n’est pas un ornement culturel, mais un grand défi contre le silence et les oppressions de tout genre… comme dans les films de Raymond Depardon ou de Fernand Deligny. Se donner le droit de se dire pour conjurer le poids du déterminisme social, anthropologique, de genre. C’est un beau rêve, pour la littérature, n’est-ce pas ? Je me rends de plus en plus compte que c’est là une question fondamentale pour moi, nécessaire : écrire pour « créer, se créer », comme le dit Donata Genzi, la protagoniste de Se trouver de Pirandello, pièce que j’ai traduite et mise en scène. Ce nouveau roman, Nuit américaine, qui dit la nécessité de « se ré-écrire continuellement » selon les mots de Didier Eribon, est peut-être mon roman le plus optimiste. « Deviens ce que tu es » est la maxime de Nietzsche, qui, loin d’être paradoxale, nous dit qu’il ne suffit pas de vivre, mais qu’il faut savoir s’inventer, se perdre et se retrouver.

Entretien avec Luca Dorsa, Dossier Pierre Lepori, Viceversa littérature, numéro 12, juin 2018 (traduit de l’italien par Renato Weber).

Un extrait:

J’aime beaucoup votre émission, vous savez ? Elle me berce, c’est comme une chanson, comme le crachin d’avril. Excusez-moi Alexandre, j’en deviens niais, c’est cette angoisse de parler, de hausser le ton qui me rend bavard. J’adore votre discrétion. Plus : j’adore votre voix qui a l’air de rien, qui glisse sur les ondes. Et caresse, c’est ça. Moi, quand je dis bonjour, on dirait Othello qui hèle sa belle. Mais bon, le vrai problème c’est pas ça. Ce qui me chagrine c’est mon fils, toujours la même chose. Il me parle plus, je sais pas quoi faire. C’est la voix, bien sûr, je pense que cette voix d’ogre effraie mon fils. Chaque fois que je lui adresse la parole, il sursaute, comme si je lui donnais une baffe. C’était différent, quand il était petit, c’était même génial. Je lui lisais des histoires, il ouvrait grand les yeux et tirait sa couverture jusqu’aux oreilles. Les yeux de mon fils… si vous saviez, c’est vraiment des yeux… il a dix-sept ans maintenant, plus question de lui lire des histoires à dormir debout. Il est doux et simple, un très bon élève. Mais moi, j’aimerais bien lui parler. J’essaie, vous savez ! Et lui ? Lui, il me regarde d’un air hagard, puis plonge son regard dans le téléphone portable. Il se protège, je sais, je le comprends. J’ai l’impression de le perdre, de l’effrayer, je ne sais pas. Bien sûr, je pourrais en parler à sa mère, mais j’aurais l’air de quoi ? Il est chez moi deux week-ends par mois et je ne sais même pas comment lui parler… au fond, je voudrais savoir si mon fils pense que j’existe ou s’il vient juste chez moi comme à l’hôtel et c’est tout. Vraiment, j’ai l’impression de disparaître. Et moins j’existe, moins je parle. Moins je parle, moins j’existe. Il suffirait de peu, je suis sûr, pour retrouver confiance. Mais je ne sais pas comment m’y prendre. Et ne me félicitez pas pour ma belle voix, je ne vais pas vous lire un poème pour le plaisir. Je vous assure, une voix comme la mienne, ça sonne faux, c’est raté.